A164 - Quand les déchets bousculent la politique locale d’une ville intermédiaire en crise (Dolisie, Congo)

Auteur: Adeline Pierrat, Florian Marchadour et Renaud Colombier

1 mai 2021

Dans les villes intermédiaires d’Afrique subsaharienne, la question des déchets est relativement peu étudiée comparée aux nombreux travaux consacrés aux grandes agglomérations (Dakar, Ouagadougou, Addis Abeba, Lagos, Abidjan, etc.). Un moindre intérêt des acteurs en général (États, opérateurs, bailleurs internationaux), des problèmes considérés comme moins inquiétants que dans les espaces densément urbanisés (dépotoirs de plus petites tailles, informels moins nombreux, absence de grandes décharges saturées) et des compétences plus récentes liées à la décentralisation des années 1990 expliquent en partie le peu d’études menées à cette échelle. Toutefois, les projets de développement portés par des ONG permettent d’y examiner certains enjeux environnementaux, les jeux d’acteurs et le rapport des politiques publiques locales aux déchets.

Le sujet des ordures n’a jamais été aussi alarmant si l’on considère les projections pour l’Afrique subsaharienne énoncées dans la seconde édition du rapport What a waste 2.0 de 2018 de la Banque Mondiale1. La production actuelle mondiale de 174 milliards de tonnes (en 2016) devrait ainsi tripler d’ici à 2050. Les villes intermédiaires, où sont également attendues de fortes croissances urbaines (Hilgers, 2012 ; Bosredon, 2015 ; Gazel, 2018) et où les productions de biens et services ont évolué vers un caractère de plus en plus urbain (Jacquemot, 2013), sont d’autant plus concernées qu’elles souffrent d’un retard en matière de planification et d’aménagements, notamment en lien avec les services essentiels. L’accès au service est loin d’être égalitaire, notamment dans les quartiers périphériques. Si les relations entre la politique et les déchets ont été analysées dans les capitales qui jouent un rôle de vitrine (Sory, 2013 ; Pierrat, 2018), de plus en plus d’enjeux similaires se posent dans les villes moyennes, à Mopti (Dorier Apprill et Meynet 2005), Maroua et Garoua (Guitard, 2014)2. C’est également le cas à Dolisie, troisième ville de la République du Congo3 avec 120 000 habitants en 2019, située au bord du massif forestier du Mayombe, sur la route qui relie Brazzaville la capitale politique, à Pointe Noire, port et capitale économique du pays.